Sous la révolution

A la veille de la révolution française, Thumeries est un petit village de la châtellenie de Lille entouré de bois, une sorte de clairière dans la forêt.

Sa population est estimée à environ 650 habitants vivant pour la plupart de l’agriculture. La société d’Ancien Régime est fondamentalement inégalitaire comme on sait, divisée en trois ordres, le clergé, la Noblesse et le Tiers Etat [carondelet.jpg]

A Thumeries le clergé séculier est représenté par le curé M Berry nommé en 1787 et par ses vicaires Mrs Dehaynin et Vandrisse. Ils ont en charge Thumeries et Wahagnies qui ne forment qu’une seule paroisse. Les revenus du curé proviennent de quelques terres appartenant à la cure sur Thumeries et surtout sur Wahagnies et d’une partie de la dîme, un impôt sur les productions agricoles (7% à Thumeries, les terres n’étant pas jugées riches). C’est le curé qui paie ses vicaires, lesquels vivent chichement.

La Noblesse locale réside au château près de l’église. Construit au 17ème siècle cette demeure abrite maintenant la famille de Carondelet. Le dernier homme de la famille ne réside pas toujours à Thumeries car après une brève carrière militaire dans les gardes de Louis XVI, François Louis de Carondelet est entré dans les ordres. Le roi l’a nommé en 1786 Prévost (c’est-à-dire chef) des chanoines de Seclin. Notons qu’en 1789 il sera élu par le clergé député aux Etats généraux de Versailles. Une autre famille noble réside à Bellincamps la famille Jacquery de Frechy.

Les autres habitants du village sont des paysans, journaliers pour le plus grand nombre, petits propriétaires pour quelques-uns. Certains nous sont connus parce qu’ils exercent des métiers de service comme Mannier le meunier, Liétar le cabaretier, Coget Jean baptiste l’arpenteur et sylviculteur. Ils participent avec d’autres, Carpentier, Devienne, Parsy, Duquesne à la gestion de la communauté d’habitants de Thumeries dont le principal chantier en 1789 est le pavage de la route qui mène de Wahagnies à Moncheaux en traversant le village.

La première répercussion est la création d’une nouvelle administration élue. Le 30 janvier les citoyens actifs de Thumeries élisent leur première municipalité : 18 notables dont 7 faisaient déjà partie de la communauté d’habitants. A leur tête Jean Baptiste Coget, arpenteur et expert juré, sera le premier maire. La salle de réunion n’est autre que le cabaret de Liétar près de l’église.

La seconde répercussion est le remplacement du curé. M Berry ayant refusé de prêter le serment requis par la constitution civile du clergé il est remplacé par un prêtre constitutionnel (“jureur”) le sieur Petit. L’ancien curé ne sera d’ailleurs pas inquiété par la municipalité qui lui délivrera même un sauf conduit.

Troisième répercussion la vente des biens nationaux. Certains petits propriétaires, en particulier Coget, Defretin, Denneulin agrandiront leur patrimoine en rachetant des terrains ayant appartenu au clergé d’abord, à certains nobles émigrés ensuite.

La législative ayant voté la guerre au roi d’Autriche, de Bohême et de Hongrie, Thumeries se voit menacée comme les communes voisines par les troupes autrichiennes qui font le siège de Lille dès le début du mois de septembre 1792. Ayant refusé de livrer du fourrage et de l’avoine au cantonnement situé à Marque (Pont à Marcq) Thumeries fut attaquée le 2 octobre. Bilan de la journée 7 morts, six maisons incendiées dont la maison vicariale, d’autres pillées… et un certain traumatisme.

Les mesures de salut public décidées à Paris entraînent la création d’un comité révolutionnaire local chargé de récupérer les armes qui seraient en circulation, la cloche et l’argenterie de l’église ou des émigrés, Ce comité fait donc l’inventaire de l’église et procède à la vente aux enchères du mobilier ( bancs et balustrade). Ensuite l’église servira d’atelier pour la récupération et le traitement du salpêtre ( un nitrate permettant la fabrication de la poudre à canons).

Notons cette année là que Mr de Carondelet qui avait quitté les ordres et manifesté beaucoup de sympathie pour le mouvement révolutionnaire est considéré comme suspect (” un ci-devant noble), emprisonné et ne doit son salut qu’à la chute de Robespierre. Il se mariera, vivra à Meaux et finira ses jours à Thumeries.

Bonaparte, premier consul, organise en l’an X de la République le premier recensement national.

Thumeries à cette occasion dénombre 632 habitants dont 347 jeunes (garçons et filles).

Le village compte 581 hectares dont 304 de terres labourables où l’on cultive du blé (125 ha) un peu d’orge, de l’avoine, des fèves, du colza.

On sait par ailleurs qu’il y a maintenant une briqueterie, une distillerie de genièvre et que M Coget est propriétaire d’une belle pépinière.

C’est d’ailleurs en l’an X qu’il fonde une nouvelle ferme dans laquelle ses enfants commenceront vers 1821 la première exploitation locale du sucre issu des betteraves, prémices d’une future grande entreprise.

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